Elle est sur les terrasses, dans les jardins, autour des piscines, devant les cafés, dans les salles des fêtes.

Souvent blanche et immédiatement reconnaissable., la chaise Monobloc est un objet dont on ne se préoccupe même plus parce qu’on la voit trop souvent, le Vitra Design Museum la présente comme le meuble le plus répandu dans le monde.

Mais alors, qui l’a dessinée ?

Un objet aussi omniprésent devrait avoir un inventeur, une date, un modèle fondateur. Un peu comme la Panton Chair de Verner Panton ou les chaises de Charles et Ray Eames.

Or il n’en est rien, même pas au Museum of Modern Art de New York où l’on trouve seulement : «Unidentified Designer ».

Avant la chaise blanche, un vieux projet

L’histoire commence bien avant la chaise de terrasse.

Depuis longtemps, les designers cherchent à fabriquer un siège à partir d’une seule pièce de matière.

Une chaise classique assemble une assise, un dossier, des pieds, et parfois des accoudoirs. Il faut produire ces éléments, puis les joindre alors qu’une chaise d’un seul bloc promet tout l’inverse.

Selon le Vitra Design Museum, les premières expérimentations de ce genre remontent aux années 1920. Certains designers travaillent avec de la tôle emboutie tandis que d’autres lui préfèrent du bois lamellé.

L’idée est déjà là. La technique ? Pas encore.

Puis le plastique entre en scène

À l’aube des années 1950, les matières plastiques changent les possibilités.

En effet, elles peuvent maintenant être moulées en série dans des formes très dures à obtenir avec des matériaux traditionnels. Plusieurs designers commencent alors à explorer sérieusement la chaise fabriquée d’une seule pièce.

Verner Panton imagine sa célèbre chaise continue. Helmut Bätzner développe la Bofinger Chair. Vico Magistretti conçoit la Selene.

Leurs sièges ne ressemblent pas encore forcément à celui qu’on utilise aujourd’hui sur une terrasse mais ils poursuivent le même but : dépasser l’assemblage.

Le Vitra Design Museum les classe parmi les premiers modèles produits en série selon ce principe.

La chaise blanche bon marché n’apparaît donc pas soudainement.

En 1972, Henry Massonnet accélère les choses

Cet ingénieur français ne crée pas la première chaise en plastique fabriquée d’une seule pièce mais d’une certaine façon, il contribue à son essor.

En 1972, il reprend cette recherche avec son Fauteuil 300, en polypropylène. La chaise est moulée d’un seul bloc et elle est empilable.

Mais surtout, Massonnet travaille sur ce qui avait longtemps limité ce type de mobilier : la fabrication.

Il rationalise le procédé au point que le cycle complet tombe à moins de deux minutes.

La chaise en plastique monobloc devient un objet que l’on peut fabriquer très vite et à volonté.

Alors, non, Massonnet n’a pas inventé la Monobloc cependant il a bien conçu un modèle essentiel.

Le Vitra Design Museum qualifie même son Fauteuil 300 d’archétype de la chaise en plastique bon marché.

Mais il a pris le train en route car Panton, Bätzner, Magistretti et d’autres designers travaillent déjà depuis des années sur le siège moulé d’une seule pièce.

Et surtout, la Monobloc ne doit pas son succès au fait que tout le monde se met à acheter le Fauteuil 300.

À partir des années 1980, de plus en plus d’entreprises commercialisent leurs propres versions mais l’objet reste immédiatement reconnaissable.

La Monobloc commence à ne plus être une chaise précise. Elle devient plutôt un genre.

C’est ici que la Monobloc devient vraiment singulière.

Le MoMA indique que le designer du modèle original n’est pas connu et qu’aucun brevet n’a été déposé pour en fixer l’origine.

Ce n’est donc pas simplement le nom d’un créateur que le temps aurait effacé.

Il n’existe pas une Monobloc dont toutes les autres seraient des copies exactes mais plutôt une idée de chaise devenue suffisamment simple, efficace et reproductible pour être reprise, modifiée et fabriquée par plusieurs entreprises.

Un grand objet de design reste souvent attaché à la signature de son créateur. Pas la Monobloc.

Plus sa forme s’est répandue, plus elle s’est détachée de toute signature.

Tout est dans la manière de la fabriquer

Le nom lui-même donne un indice. « Monobloc » n’est pas une marque.

Ce n’est pas le nom d’un designer et ce n’est pas non plus un modèle précis.

Il décrit d’abord un principe de fabrication.

Dans le procédé moderne décrit par le MoMA, des granulés de matière thermoplastique sont chauffés puis injectés sous pression dans un moule en acier.

La matière remplit la forme. Elle refroidit. Le moule s’ouvre puis la chaise en sort presque terminée.

La chaise et sa méthode de fabrication finissent donc par ne faire qu’un.

Pourquoi cette chaise et pas une autre ?

La fabrication explique beaucoup de choses mais elle ne suffit pas.

La Monobloc possède aussi trois qualités difficiles à battre : elle est légère, empilable et peu coûteuse.

Elle est résistante, se déplace facilement et peut rester dans un coin pendant des mois.

Elle n’est pas un objet de désir. Elle a juste besoin de fonctionner.

On la pose dehors. On peut la bouger. On en empile dix dans un coin.

Elle remplit sa fonction si machinalement qu’elle finit presque par faire partie du décor et c’est ce qui explique son grand succès.

Alors, qui a dessiné la chaise Monobloc ?

La réponse est moins satisfaisante mais beaucoup plus intéressante.

Henry Massonnet occupe une place essentielle dans son histoire mais d’autres fabricants reprennent le principe.

Les variantes se multiplient.

La forme cesse d’appartenir à un modèle précis.

Elle devient un type de chaise et c’est là que la Monobloc réussit quelque chose d’assez rare.

La forme est devenue un principe. Le principe est devenu un produit générique et le produit générique est devenu tellement banal qu’on oublie qu’il est aussi le résultat de décennies de recherche en design et en fabrication.

La Monobloc est devenue universelle au moment où son auteur a cessé d’avoir de l’importance.